affaire sensible: cadre licencié pour s'être opposé à des opérations délictueuses
LA UNE DE TROYES
25 janvier 2001
« J’ai les preuves de la fausse facture de 700 000 francs »
L’ex-chef comptable du CFGA tient à apporter des précisions à la suite de notre article sur les soupçons de fraude pesant sur l’organisme agricole.
La Une de Troyes : Pourquoi souhaitez vous apporter des précisions relatives à votre mise en examen ? Philippe Jolly : Car le simple fait de dire que j’ai été mis en examen pour chantage et vol de documents peut laisser l’impression que le prétendu vol est préalable au prétendu chantage et a servi à celui-ci, ce qui n’est pas le cas compte tenu du déroulement des événements. Que je n’ai volé aucun document. Les dix documents qu’on m’accuse d’avoir volés étaient légitimement en ma possession. C’est ce que j’ai expliqué au juge. Ils proviennent de mon bureau de la rue Jeanne-d’Arc. Je les ai sortis à la demande du commandant Seurat, du commissariat de police, chargé de l’enquête. J’étais alors encore salarié. De plus, le président Moule m’avait vivement encouragé, dans un courrier, à dénoncer les délits constatés aux autorités judiciaires. Qui veut la fin veut les moyens. Ces documents prouvent la ficitivité de la facture d’environ 700 000 francs. Il s’agit d’un rapport du chef de service juridique de l’Ocera qui confirme l’inexistence des 700 000 francs, de tableaux de résultats de la comptabilité analytique de l’Ocera et du CFGA , de fiches informatiques des travaux réalisés par les collaborateurs du service juridique ainsi que des listes de personnel. Bien sûr. De manière irréfutable et concordante. De plus, des comptes rendus de réunion faisant état de risque fiscal ont été fournis à la justice. Je tiens même le témoignage d’un salarié à qui monsieur Deman (NDLR : directeur général Ocera-CFGA) a confirmé la technique d’équilibrage des comptes. On a essayé de m’accuser d’avoir fait du chantage aux prud’hommes. Ce qui est complètement faux et délirant. La démonstration en a d’ailleurs été faite, démonstration qui a conduit à la mise en examen de monsieur Moule (NDLR : président Ocera-CFGA) pour dénonciation calomnieuse.
Que voulez-vous dire ?
En quoi consistent ces documents ?
Ces éléments suffisent-ils à prouver la fictivité de la facture de 700 000 francs ?
Et le chantage ?
Mais comment expliquez-vous alors votre mise en examen ? On m’a expliqué que cela me donnait des droits pour me défendre. Les deux instructions sont en cours. Par ailleurs, j’ai perdu au tribunal administratif de Châlons lors de mon recours pour le licenciement. J’ai perdu parce que j’ai dénoncé la situation auprès de hautes personnalités agricoles auboises. Cela m’a été notifié. Mais j’ai fait appel de la décision à la cour de Nancy. Le fait d’avoir voulu préserver les entreprises du scandale m’a porté préjudice mais je ne regrette rien. Je ne la vois pas rapide compte tenu de la nouvelle réforme de la procédure pénale, réforme qui va ralentir la justice. Sauf prise de conscience des adhérents et du personnel. Bien sûr. Je n’ai aucun doute à ce sujet. Je veux que les responsables soient condamnés, qu’ils supportent personnellement les conséquences de leurs actes : le licenciement dont j’ai fait l’objet et toutes les accusations calomnieuses portées contre moi. Les adhérents et le personnel n’ont pas à payer. Cette plainte n’existe que parce qu’on me l’a conseillée. Je n’ai jamais eu, malgré ma désapprobation, l’intention de dénoncer ces dysfonctionnements à la justice. J’irai jusqu’à la Cour Européenne des droits de l’homme s’il le faut et j’utiliserai tous les recours mis à ma disposition. Je veux que justice soit rendue et non pas, comme le dit monsieur Moule, que les comptes soient réglés.
Où en est-on aujourd’hui ?
Comment envisagez-vous l’issue ?
Pensez-vous obtenir gain de cause ?
Quel est votre objectif ?
Et la plainte pour faux, usage de faux et abus de confiance ?
Vous êtes prêt à aller jusqu’au bout ?
Arnaud MONNIN