Pour la Cour d'Appel de Paris, les fonctionnaires ne doivent pas suivre des ordres illégaux. Même s'ils émanent du président de la République: "Dans un état de droit démocratique, la notification d'un ordre contra legem du président de la République ne dispense pas un fonctionnaire civil ou militaire de son obligation de loyauté envers les principes constitutionnels".
Cette décision a été rendue dans l'affaire des écoutes de l'Elysée: la cellule chargée de traquer le terrorisme était devenue la garde rapprochée de la vie privée de François Mitterrand et procédait à des écoutes téléphoniques sauvages ...
"L'autorité légitime, arguée par les prévenus pour permettre la qualification des délits qu'ils ont commis en faute de service, ne peut être reconnue en faveur d'un officier supérieur de la gendarmerie et de hauts fonctionnaires dès lors qu'aucune disposition légale ne leur imposait une obéissance inconditionnelle à des ordres manifestement illégaux du président de la République. Ces délits d'une extrême gravité jettent le discrédit sur l'ensemble de la fonction publique civile et militaire, affaiblissant l'autorité de l'Etat dans l'opinion publique, n'excluant nullement la satisfaction de leurs intérêts personnels, telle la garantie d'une évolution intéressante de leur carrière ou la conservation d'avantages à raison de leur proximité avec les plus hautes autorités de l'Etat, outre leur volonté d'éviter la divulgation d'agissements peu glorieux."
Cette décision rendue le 13 mars 2007 et soumise à l'appréciation de la Cour de Cassation, consacre le devoir de désobéissance. Elle a le mérite de souligner ce que j'appellerai la corruption interne ou corruption hiérarchique: un fonctionnaire est au service de l'Etat , de la Loi et non de son supérieur hiérarchique qui peut être un politique bien souvent; la prise de "risques" est toujours récompensée par des avantages et évolution de carrière intéressants , il y a bien recherche d'un intérêt personnel dans cette obéissance servile et illégale.